QG électoral d’Abdelaziz Bouteflika (Paris XVIIIe), hier. Kheira, qui vit en France depuis trente-six ans, votera pour le président sortant, bien qu’elle s’inquiète de son état de santé. « J’espère qu’il va guérir », dit-elle. | (LP/Philippe de Poulpiquet.)
Présidentielle. Bien que le scrutin en Algérie se déroule le 17 avril, les Algériens de France sont invités à se rendre aux urnes dès aujourd'hui .
LE VISAGE EST SOURIANT, le regard un brin figé. Au coeur de Barbès, dans le nord de Paris, le portrait d'Abdelaziz Bouteflika s'étale sur tous les murs ou presque. L'image du président algérien est omniprésente dans ce quartier populaire où résident de très nombreux Franco-Algériens invités à se rendre aujourd'hui au consulat pour participer au scrutin présidentiel qui se tiendra jeudi 17 avril en Algérie.
« On présente quelqu'un qui est mourant et qui ne parle pas à son peuple ! tempête Habdelkrim Hadj Mehdi. Comment François Hollande et Laurent Fabius peuvent-ils aller défendre la démocratie partout dans le monde et ne pas mettre le doigt sur ce scandale ? » Dans ce local de campagne fait de bric et de broc, des sympathisants de Benflis sirotent du thé et s'indignent, en arabe comme en français, de « la mafia qui règne sur l'Algérie », quand ils n'ironisent pas sur « le fantôme ». « Mais ce n'est pas tellement à lui qu'on en veut, souligne Abderhamane, 52 ans. Il est pris en otage par son clan, qui l'utilise. » Cet avocat souhaite voter pour Benflis, « un peu par défaut », dans l'espoir que la situation économique de son autre pays s'améliore. Il habite à Paris depuis vingt et un ans, mais son épouse est à Alger. « Elle va voter pour Bouteflika, elle a trop peur du terrorisme », explique-t-il. Un vieux monsieur persifle à ses côtés : « Elle souffre du syndrome de Stockholm. Mais ça ne va rien changer. La fraude est le sport national en Algérie, surtout au moment des élections. »
A quelques centaines de mètres, changement d'ambiance devant le très officiel QG de campagne de Bouteflika. Il faut montrer patte blanche (et carte de presse) pour pénétrer en ces lieux. Interdiction de s'entretenir avec les sympathisants du candidat désigné par le Front de libération nationale (FLN), qui se félicitent à haute voix d'être gouvernés par « un si bon président ».
Sur le pas de la porte, Kheira, 56 ans, se confie toutefois. Née à Oran, cette femme de ménage installée au Blanc-Mesnil (Seine-Saint-Denis) depuis trente-six ans dresse une interminable liste de toutes les réussites de Bouteflika. « Les ponts, les routes, la création de l'équivalent du RSA, sans oublier les lois pour les femmes », égrène-t-elle. L'état de santé du candidat l'inquiète-t-elle ? « J'espère qu'il va guérir », dit Kheira en joignant les mains. Un homme intervient. « Bouteflika, il gère le pays avec sa tête, pas avec son corps », insiste Moussa, venu exprès d'Algérie pour inciter ses compatriotes de France à défendre son champion.
Mais ils sont loin d'être tous convaincus. Un peu plus loin, Karim, balayeur dans le métro, s'étrangle de rage : « L'Algérie est un pays riche et ses habitants vivent comme des chiens. Le régime garde tout pour lui. En France, il y a moins de ressources, mais on vit bien mieux. » Lui ne compte pas voter : « A quoi bon ? Tout le monde sait que les résultats seront truqués. »
Le Parisien

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